Regards croisés sur FESTON : trois voix à une semaine de la fin

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Sylvie Gazillon (AFEPT), Nancy Van Es (collectif CASMAU) et Yola Schreiber (formatrice AFEST) tirent le bilan de la formation en situation de travail des couturières d’ameublement.

Trois rôles pour un même parcours

Avant de démarrer, je leur demande de se présenter et de décrire leur rôle dans FESTON.

Sylvie Gazillon : « Je travaille à l’AFEPT et je fais, pour le projet FESTON, tout ce qui est ingénierie de formation. J’ai créé le parcours. »

Nancy Van Es : « Je représente CASMAU, les chefs d’entreprise de cinq entreprises dans l’ameublement. »

Yola Schreiber : « Je fais un petit peu le lien entre les entreprises de CASMAU et l’école. J’accompagne les stagiaires et je rencontre les tutrices dans les entreprises. »

« Un bilan un petit peu mitigé »

Je leur demande ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins bien, ce que la formation apporte aux couturières. Yola répond la première.

Pour le bilan, je pense que ça va être un petit peu mitigé, parce qu’il ne va pas y avoir un emploi à la clé pour chaque stagiaire. Elles étaient quand même en attente de ça. C’est un petit peu dommage. Après, certaines vont être satisfaites. Sur l’organisation, il y a des petites choses à revoir, mais dans l’ensemble c’était bien étudié.

Pour moi, ça a été un petit peu compliqué à mettre en route, parce que je suis à la retraite au départ. Mais le bilan reste positif. Il y a beaucoup à apporter aux stagiaires, qui ont eu une formation, et aux entreprises aussi, qui ont pu voir qu’il existe des possibilités de recruter dans le futur.

« Sans cette structure, c’était très dur pour nous »

Nancy Van Es parle au nom des entreprises.

Pour moi, le point positif, c’est surtout la collaboration entre trois parties : l’AFEPT, Icifornie avec le Kl’hub, et CASMAU. Sans cette structure, c’était très dur pour nous, les entreprises, de monter une formation écrite pour nous, une formation sur mesure.

« Pour moi, le point positif, c’est surtout la collaboration entre trois parties : l’AFEPT, Icifornie avec le Kl’hub, et CASMAU. »

Nous avons maintenant une ancienne couturière expérimentée qui est encore plus capable, grâce à l’AFEST, de transmettre le savoir-faire. Pour moi, c’est quelque chose de plus structurel, de plus professionnel. Le bilan est positif, même si, en organisation, il y a toujours des choses à améliorer, entre autres un plateau technique un petit peu plus fluide, plus accueillant.

Pour la suite, je vois qu’on a construit quelque chose de structurel. Nous avons maintenant Yola comme formatrice AFEST. Si nous voulons former à nouveau dans le futur, nous sommes moins dépendants de l’AFEPT. Ils ont transmis leur structure pédagogique et nous pouvons le faire sans eux.

« Pour la suite, je vois qu’on a construit quelque chose de structurel »

Rendre visible un métier qui ne l’était plus

Je rappelle que FESTON cumulait plusieurs enjeux : trouver des compétences rares, répondre à des besoins de recrutement immédiats ou à venir, et rendre les entreprises autonomes sur ces compétences. Nancy poursuit.

Nous étions un petit peu dépendants des couturières qui travaillent déjà. Et nous n’étions pas connus. Avec la formation, nous avons communiqué sur le métier de couturière d’ameublement. Le métier est plus visible, ça donne plus envie. Avant, c’était invisible, et bien sûr, c’était très compliqué quand tu cherchais une couturière d’ameublement.

Le recrutement derrière, c’est important aussi, je l’attends. Mais le but principal, pour nous, c’était de préserver ce métier, et d’avoir dans le futur des gens qui disent : ah oui, c’est quand même un métier qui existe encore.

« le but principal, pour nous, c’était de préserver ce métier, et d’avoir dans le futur des gens qui disent : ah oui, c’est quand même un métier qui existe encore. »

« On a mis de la structure dans notre parcours et ça se sent »

Sylvie Gazillon rebondit sur les mots de Nancy.

Je trouve vraiment important de pouvoir préserver un savoir-faire métier ancien, plutôt traditionnel, et de le proposer de manière moderne et innovante, sur un territoire, sur mesure. Nous avons mis de la structure dans notre parcours et ça se sent : tout le monde a été sécurisé, à l’aise, ça a été progressif.

Il y a eu des ajustements, parce que le vocabulaire d’un organisme de formation n’est pas forcément celui d’une couturière. Parler de compétences, ce n’est pas évident. En AFEST, on travaille à verbaliser les compétences, parce que ça fait partie de l’appropriation. On apprend le geste métier en situation de production, mais on apprend aussi à le dire. Quand on met de l’ordre dans sa tête, dans sa façon de faire et dans des process, ça s’acquiert d’une bonne façon.

« En AFEST, on travaille à verbaliser les compétences, parce que ça fait partie de l’appropriation. On apprend le geste métier en situation de production, mais on apprend aussi à le dire. »

J’ai été très heureuse de construire, parce que j’ai construit ce parcours en grande partie. La prochaine fois, on pourra alléger certaines formalisations et mettre un peu plus de pratique, ça, on l’a bien entendu. Je suis contente que les six stagiaires soient restées, malgré des difficultés de mobilité, des précarités sociales. J’ai adoré travailler avec les différentes entreprises, faire tourner les stagiaires : nous avons mis en place un planning où elles ont pu voir différents environnements de travail. On espère avoir donné le maximum en peu de temps.

La suite envisagée : une préparation opérationnelle à l’emploi

Sylvie évoque une suite de parcours, construite après un bilan avec la Région. Je lui demande de détailler.

Suite au bilan qu’on a fait avec la Région, tout le monde aime notre projet. C’est un très beau projet, innovant sur le territoire, le seul projet en couture, le seul dans les Landes, avec des entreprises qui ont un savoir-faire unique. C’est vraiment la typologie de l’AFEST.

L’idée serait d’aider les entreprises en mettant en place une préparation opérationnelle à l’emploi : un sas de 400 heures, à peu près trois mois de formation complémentaire, qui permettrait à l’entreprise de ne pas avoir à rémunérer la stagiaire pendant qu’elle monte en compétence. La condition, c’est que l’entreprise propose au minimum un CDD de six mois à la suite. Nous avons construit le référentiel. Il faut de la pratique, et on peut rajouter des choses s’il en manque. L’idée serait de continuer dans la foulée pour une insertion durable. C’est ce que nous souhaitons.

« L’idée serait de continuer dans la foulée pour une insertion durable »

Le même jour, au comité de pilotage, la question a été posée autrement. Béatrice Sannié y a rappelé que certaines apprenantes ont des difficultés alimentaires et ont tenu trois mois dans ce modèle ; ajouter trois mois rémunérés de la même manière, autour de 700 euros par mois, n’est pas tenable financièrement, même si, côté opérationnel, les stagiaires et les entreprises seraient partantes.

« Je suis à la retraite »

Yola Schreiber a été embauchée par CASMAU pour devenir formatrice AFEST. Je lui demande comment elle est arrivée là et ce qui l’a motivée.

Un jour, mon ancien patron est venu me voir en me disant : est-ce que tu acceptes de faire de la formation ? Je lui ai dit : quelle formation ? Il m’a présenté le projet. J’ai dit : écoute, je réfléchis d’abord. J’ai commencé à regarder tout ce qui se faisait en AFEST, je ne connaissais absolument rien. Et puis je me suis dit que c’était un challenge pour moi, pourquoi pas continuer à apprendre quelque chose. Comme j’aime bien mon métier, ça faisait un lien. Ça me permettrait de montrer, de transmettre ce que je savais faire. Je n’en avais jamais eu l’occasion. J’ai finalement accepté et j’ai fait ma formation.

« j’aime bien mon métier, ça faisait un lien. Ça me permettrait de montrer, de transmettre ce que je savais faire. Je n’en avais jamais eu l’occasion. »

Le plus gros challenge, ça a été la partie formation à l’AFEPT, parce que c’était vraiment nouveau pour moi. Je n’avais jamais pratiqué, je n’avais jamais appris. Ça a été la partie la plus compliquée. J’ai essayé de me débrouiller. Je pense que j’aurai encore besoin de petits points de formation, mais j’ai fait comme je pensais être le mieux.

Ce que ça change dans le collectif

Les cinq entreprises étaient déjà réunies dans un collectif. Avec FESTON, elles ont créé un référentiel commun. Je demande à Nancy ce que ça change dans leurs relations.

C’est la deuxième formation que nous avons montée. Le changement, pour nous, est plus structurel, encore plus qu’avant. On ne peut pas dire plus sérieux, mais les entreprises comprennent mieux l’atout d’avoir une couturière expérimentée, et surtout formée. Et ce besoin de se regrouper, c’est sûr : tout seul, on n’y arrive jamais. Ils comprennent ça maintenant, plus encore que les années d’avant. Avec des projets comme ça, il faut se regrouper, sinon c’est trop lourd et trop difficile.

« ce besoin de se regrouper, c’est sûr : tout seul, on n’y arrive jamais »

Le Kl’hub dans son rôle de conciergerie

Pour finir, je leur demande un dernier mot sur la manière dont ça s’est passé avec le Kl’hub et la partie conciergerie.

Sylvie : Le Kl’hub a vraiment eu son rôle de conciergerie de formation. C’était intéressant que ça se place dans une action concrète : les deux accompagnantes socio-professionnelles ont accompagné les stagiaires sur leur dossier personnel, sur les difficultés de mobilité, de logement. Le Kl’hub a aussi été le lieu d’accueil des formations du vendredi, les analyses réflexives, avec la mise à disposition de matériel, une salle, des petits gâteaux, du café. Un bon accueil, sympathique. Et la disponibilité des accompagnantes pour aller faire un tour sur le plateau technique, visiter les entreprises. Nous, l’organisme de formation, nous sommes à Bordeaux. J’étais là une fois par mois, je ne pouvais pas faire plus. Mais il y avait un relais d’information, il n’y avait pas de coupure.

Nancy : Pour nous, c’est très important que ce soit quelque chose sur le territoire, parce qu’on rencontre des difficultés quand on s’éloigne. Au début, j’ai vu que le Kl’hub a cherché son rôle. À un moment, j’ai dit, surtout à Gilles : prends maintenant ton rôle de concierge, parce que ce n’est pas moi qui dois diriger les entreprises, les stagiaires et les formatrices. Moi, je suis un petit peu entre les entreprises. Définir qui fait quoi, au début, ce n’est pas facile. Mais ils ont écouté tout de suite, les rôles se sont mis en place, et après c’était plus fluide. Nous n’avons plus eu de problème là-dessus.

Sylvie : On a été agiles, tous. Tout le monde s’est adapté.

« On a été agiles, tous. Tout le monde s’est adapté. »

Yola : C’est comme ça qu’on finit par avancer et par progresser : en étant adaptable, autrement on n’y arrive pas. Le Kl’hub a été un lieu d’accueil et d’accompagnement pour les apprenantes en difficulté. Elles ont vraiment pu être aidées. C’était important pour la suite de leur formation. Sinon, un problème, ça veut dire qu’on veut arrêter, qu’on n’a pas envie de continuer. Pour elles, c’était important d’être accompagnées. Un lieu très chouette.

« C’est comme ça qu’on finit par avancer et par progresser : en étant adaptable, autrement on n’y arrive pas. »

« Sinon, on passe à côté »

Sylvie ajoute une dernière chose sur l’AFEST.

L’analyse des besoins des entreprises, au début, a été importante, et je suis très contente de l’avoir faite. Nous l’avons menée avec Yola : nous avons organisé des rendez-vous. C’est un travail important pour comprendre les besoins de compétences des entreprises. J’ai adoré faire ça. Après, il y a eu un gros travail d’ingénierie, de formalisation, pour le rendre lisible en termes de compétences. C’est l’apport que nous pouvons faire en tant qu’organisme de formation, en tant qu’ingénieur de formation. Cette analyse de besoin, elle est vraiment importante à comprendre et à retranscrire. Sinon, on passe à côté.

« L’analyse des besoins des entreprises, au début, a été importante »

Du premier coussin au référentiel

Je demande quel regard elles portent sur les compétences acquises par les couturières. Yola répond.

C’est une évolution tellement importante. Au départ, la plupart ne savaient pas coudre sur une machine. La prise en main de la machine, arriver à réaliser un coussin, à réaliser tout ce qu’on avait demandé sur le référentiel : elles y sont arrivées. Là, on se dit : c’est super, ça a vraiment été fait pour quelque chose d’important.

« La prise en main de la machine, arriver à réaliser un coussin, à réaliser tout ce qu’on avait demandé sur le référentiel : elles y sont arrivées »

Repères

FESTON a été monté par le Kl’hub, l’AFEPT et le collectif CASMAU dans le cadre d’Icifornie, avec un appel à projets de la Région Nouvelle-Aquitaine sur l’AFEST. Le parcours compte 364 heures du 22 octobre 2025 au 28 janvier 2026 : une formatrice AFEST, cinq tutrices (une par entreprise) et six apprenantes ont été formées, et un référentiel commun a été créé pour les cinq entreprises, qui n’exercent pas toutes la même activité. Les vendredis, les apprenantes sont au Kl’hub pour les temps de réflexivité. Le Kl’hub a loué un véhicule mis gratuitement à disposition des stagiaires et a trouvé un logement municipal pour une apprenante venue de l’Essonne. À la fin du parcours, des attestations de compétences acquises sont remises sur les quatre blocs de compétences définis. Lors du bilan intermédiaire du 9 janvier 2026 avec les tutrices, l’AFEPT a indiqué que la remise des attestations aurait lieu le 28 janvier et que les évaluations se situaient, sur le référentiel, « plutôt au niveau trois ».

Liens utiles

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