L’humeur du moment
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Gilles : « ça va, tranquille, j’ai pas de mal à me mettre au vert, j’ai mon gros chêne, mes bestioles, dès que je sors du Kl’Hub, je suis dans la nature, j’en suis pas déconnecté et ça me va bien. »
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Isabelle : « météo compliquée personnellement dernièrement avec l’arrêt des contrats de travail début mars pour soulager la trésorerie.Je suis là tout le temps, en fait ! J’aspirais à lever le pied. Il va falloir trouver un autre rythme. »
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Béa : « J’étais en train de m’éteindre avec cette pluie ininterrompue. je suis très très fatiguée, besoin de me recentrer, de me retrouver car je suis dans les urgences (pro ou perso). je partirai bien dans un monastère seule 5 jours sans parler à personne, faire des marches dans la nature ! Je perds la mémoire sur ce que je vis là. »
Faits marquants et rencontres
- Retour sur le 2e déjeuner du concierge : Isabelle : « génial à vivre mais grosse frustration. Difficile d’assurer la communication, les retours post évènement. » Béa : « plutôt bienveillant même s’il manquait du monde, c’est décevant à chaque fois car on s’investit beaucoup sur la préparation, le territoire est encore un peu sourd, ça m’embête. » Gilles : « j’ai un bon souvenir de tout ça. On a dit ce qu’on avait à dire, on avait tous les étages de la région. »
- Elections municipales à Mugron : arès les élections, trois élus sont désormais très proches du Kl’hub. Le maire lui-même coworkait ici quand il montait sa boîte. Des élus sont membres de l’association.
- Projet Casmau, La formation Feston s’est achevée : Remise des diplômes, réussite de tout le monde, deux embauches.
- La formation des tuteurs de jeunes prend forme : Un cursus a été créé — intergénérationnel, communication, posture. Le référencement est en cours auprès de Vivea, l’OPCO des chefs d’entreprise agricoles, et d’OCAPIAT pour les salariés..
- Le Comité Local pour l’Emploi convoque une réunion mi-avril pour relancer la dynamique du réseau.
- Les posters d’Icifornie tournent. On les redemande après chaque présentation. Ils étaient notamment affichés à l’AG.
Réflexions et questionnements
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Travailler gratuitement en attendant l’argent public
C’est le sujet dont on parle le moins et qui pèse le plus. Le CDD d’Isabelle a vu sa période d’essai reconduite une deuxième fois. Les contrats se sont arrêtés début mars. Les financements de l’État et de la Région n’arrivent pas dans les temps — ce n’est une surprise pour personne, c’était anticipé, et il avait été convenu qu’on arrêterait les salaires le moment venu. « On devrait travailler gratos pour récupérer des sous après. » Un dossier de prêt est monté pour provisionner les sommes attendues. Nous n’avons pas six mois de trésorerie devant nous, ce qui interdit de repousser le comité de pilotage au-delà de début octobre. Il y a quelque chose à dire ici, et ce n’est pas un règlement de comptes : un dispositif qui invente une fonction que personne ne finance encore ne peut pas, en plus, avancer la trésorerie de ses propres financeurs. C’est un point que le bilan devra poser clairement. -
Le service après-vente d’une formation compte autant que la formation
Après Feston, la conciergerie a continué d’accompagner. Une des apprenties n’a pas été retenue en contrat. Le collectif CASMAU voulait pousser ses membres à monter un projet commun sur le volet ressources humaines — un atelier partagé, certains ayant des marchés qui commencent à grossir — et créer un profil RH mutualisé, en complétant sa formation par une POEI financée par France Travail. La conciergerie a monté le programme, mis en lien l’AFEPT, France Travail et CASMAU, aidé à rédiger le plan de développement des compétences, et négocié un CDI à la sortie avec les entreprises du collectif. Il y avait des angoisses au départ. Nous avions prévu d’inscrire une brique d’accompagnement socioprofessionnel de la conciergerie dans la demande de financement. France Travail a financé la formation, mais pas l’accompagnement socioprofessionnel. La formatrice pressentie s’est retirée, estimant qu’elle ne pouvait pas y aller sans cet accompagnement, au regard des conditions et du profil de l’apprentie. Il n’y a pas eu de POEI. Alors qu’il y avait un CDI derrière. Test intéressant, échec instructif : un service de conciergerie déployé en parallèle d’un organisme de formation ne tient que si l’accompagnement humain est financé comme le reste. On le retestera. -
Un tiers-lieu peut-il être acteur de la formation sans devenir organisme de formation ?
C’est exactement la question qu’Icifornie pose, et il existe une autre réponse sur le territoire. La Smalah a voulu devenir organisme de formation pour maîtriser 100 % de la chaîne de valeur. Nous faisons le pari inverse. Deux visions complémentaires, et il faut que les deux vivent. Nous partons moins bien armés : nous avons tout à construire et nos preuves à faire. Prendre le lead avec le CFPPA, se poser comme centre de référence, c’est aussi une manière de rétablir un rapport de force plus sain avec les autres tiers-lieux du territoire. La volonté est là, en tout cas. -
Monter un projet, oui ; le faire tourner, c’est autre chose
Le CFPPA sollicite le Kl’hub à chaque appel d’offres auquel il répond, pour l’inclure en accompagnement ou en prestation. Il a très bien compris ce que nous faisons. Les missions sont chouettes. Et pourtant, Béatrice le dit sans détour : « Je m’éclate quand on est dans la création du projet, quand on imagine. Je m’ennuie plus sur la mise en place. » C’est une question de fond pour un tiers-lieu qui veut durer, et elle ne se règle pas par la volonté. En 2025, nous avions proposé des formations sans réussir à constituer un groupe. L’objectif pour cette année : une formation en octobre ou novembre, en se laissant cette fois le temps de rassembler les gens.
Intentions et idées pour la suite
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- Cinq mois. Le projet se termine le 31 août. Le bilan final avec la Région est calé pour octobre : tous les livrables, y compris qualitatifs et financiers. Et l’essaimage à préparer derrière. Sans six mois de trésorerie, il n’est pas question de repousser.
- La task force entreprises, en tension. K Chalosse, notre task force entreprises sur Icifornie, inquiète. La personne qui la portait a trouvé une autre activité, et il ne se passe plus grand-chose. Nous nous retrouvons à sec, sans retour, alors que nous avons touché 10 000 € avec 50 entreprises à toucher et 15 à accompagner. Sinon, il faudra rendre des billes. Le budget prévoyait 2 × 2 000 € de plan marketing et 200 € par intervention en entreprise. Nous compterons peut-être ce qui a été fait sur CASMAU pour faire du volume, mais il en manquera.Nous avons des cibles, des entreprises dont nous connaissons les besoins. Nous les avons sous le nez, et nous n’avons plus que trois mois pour transformer. C’est important pour Icifornie, parce que cette task force est très tournée vers l’entreprise.
- L’essaimage, avec la Coopérative Tiers-Lieux. L’enjeu est de ne pas dissocier les deux concepts. Aller en résidence dans les tiers-lieux, poser un diagnostic, produire un plan d’action, et assurer le service après-vente. Vendu à la Région pour qu’elle le finance, ou directement aux lieux qui voudraient ouvrir leur conciergerie. Le Kl’hub comme compétence et lieu ressource. Un essaimage du bloc « formation distribuée » via l’UROFA, la fédération de l’AFEPT, reste possible mais n’est pas la piste privilégiée — la Coopérative Tiers-Lieux en est d’ailleurs membre.
- Écrire le modèle économique de la conciergerie, et raconter les fondamentaux qui font que ça peut marcher. La maquette doit être prête pour le comité de pilotage de début octobre.
- Un référentiel métier pour le concierge de formation solidaire. L’AFEPT a été sollicitée pour rédiger des livrables : ce qu’est la formation distribuée, ce qu’ils en ont vécu, comment ça s’est passé, combien ça leur a coûté — et pour avancer sur un référentiel métier, en vue d’un dépôt au RS ou au RNCP. Jean-Yves doit d’abord vérifier si c’est possible. L’AFEPT mutualise des blocs de compétences avec ceux d’encadrant technique d’insertion et met en place trois titres professionnels avec des formations à distance : le métier de concierge pourrait peut-être y entrer. Un demi-ETP est prévu jusqu’à fin août ; il faut décider ce qu’on lui confie.
- Prendre le lead sur le BPREA. Le CFPPA propose de répondre à un appel d’offres pour une formation agricole 100 % à distance, en mobilisant des tiers-lieux. Nous cherchons deux autres tiers-lieux landais pour faire relais de proximité, et nous proposons que le Kl’hub soit le relais direct du CFPPA et coordonne les autres, en prestation. Il est important qu’Icifornie garde la main directe avec l’organisme de formation et aille distribuer les bonbons sur le territoire. C’est maintenant qu’il faut prendre le lead. Ça nous pose comme centre de référence.
- Et beaucoup de rendez-vous. L’inauguration du KARE en juin. Une déclinaison du FAIR Festival à Mugron en novembre. Le mois de l’ESS. Un point CASMAU à caler en mai ou juin. Le déjeuner du concierge, qu’on voudrait garder comme un rituel, une à deux fois par an, avec une reprise à la rentrée — ça servira au bilan final. Beaucoup de manifestations prévues : il faudra peut-être mutualiser, et regarder nos moyens, notre énergie et notre capacité de communication avant de tout accepter.
Réjouissance et inquiétude
Il y a des séances où l’on fait les comptes. Celle-ci en était une.
Du côté des réjouissances, il y a d’abord cette image : la remise des diplômes de Feston, tout le monde reçu, deux embauches à la clé ! Après trois mois passés à se demander si la formation tiendrait, si les machines suffiraient, si les entreprises suivraient, l’histoire se termine mieux qu’on ne l’espérait en décembre. Cela mériterait d’être davantage raconté, dit Gilles.
On ne valorise pas assez ce qu’on fait de chouette.
Il y a aussi cette assemblée générale, qui ressemblait moins à une assemblée générale qu’à un spectacle. Des vidéos, des mises en scène, Jade et Lauric qui se lâchent devant la caméra. « Je leur ai dit : lâchez-vous », raconte Isabelle. « Et ils se sont lâchés, pour notre plus grand bonheur. » Le commissaire aux comptes assistait pour la première fois. Il est reparti enchanté, il a tout validé. Béatrice : « J’ai passé un bon moment. » « Le protocole, c’est qu’il n’y a pas de protocole. » Sérieux mais détendu. À notre image.
Et puis il y a les élections municipales, qui ouvrent quelque chose. Le maire coworkait ici quand il montait sa boîte. Des élus sont membres de l’association. Quatre conseillers municipaux étaient à l’AG. Après des années passées à expliquer ce qu’on fait, ne plus être bloqués pendant quatre ans. Ailleurs sur le territoire, cette arrivée passe moins bien — les communes voisines regrettent le prédécesseur, et une liste participative, ça choque encore un peu. Mais à Mugron,
« ça ouvre le champ des possibles. »
Du côté des inquiétudes, il y a d’abord la plus prosaïque : les salaires sont arrêtés. Les financements de l’État et de la Région ne sont pas arrivés dans les délais. C’était anticipé, c’était même convenu, un dossier de prêt est monté pour provisionner ce qui viendra. Il n’empêche : on en est là. « On devrait travailler gratos pour récupérer des sous après. » Il n’y a pas six mois de trésorerie devant, ce qui verrouille le calendrier de fin de projet. Il y a la fatigue, aussi, qui n’est plus celle de l’automne. Béatrice dit qu’elle était en train de s’éteindre avec la pluie, qu’elle voudrait cinq jours de silence quelque part, qu’elle perd la mémoire de ce qu’elle vit. Isabelle dit qu’elle est là tout le temps, et qu’elle avait espéré lever le pied. Gilles va mieux que les autres, protégé par son chêne et ses bestioles, mais parle de bulles d’angoisse. Trois personnes qui portent un projet à bout de bras au moment où il faut le boucler, le raconter et le transmettre. C’est une donnée du bilan, autant que les chiffres.
Il y a la task force entreprises, qui n’avance plus depuis le départ de la personne qui la portait. Dix mille euros reçus, cinquante entreprises à toucher, quinze à accompagner, et trois mois pour y arriver — sinon il faudra rendre. Les cibles sont identifiées, les besoins sont connus. « On l’a sous le nez. » Et il y a ce montage qui a échoué, pour l’une des apprenties de Feston. Tout était en place : le collectif d’artisans voulait un profil RH mutualisé, un CDI était négocié, la conciergerie avait monté le programme et relié tout le monde. France Travail a financé la formation, mais pas l’accompagnement socioprofessionnel. La formatrice pressentie a estimé qu’elle ne pouvait pas y aller sans. Il n’y a pas eu de POEI. C’est peut-être l’enseignement le plus net de cette séance, et il est un peu amer : on peut réunir tous les acteurs, obtenir un CDI à la sortie, et échouer sur une ligne de financement qui n’existe pas. L’accompagnement humain, celui qui fait tenir les parcours, reste ce qu’on ne sait pas payer. C’est aussi, très exactement, ce qu’Icifornie a passé deux ans à essayer de démontrer. Le reste du temps s’est passé à préparer la suite. Comment essaimer sans dissocier les deux concepts. Comment écrire le modèle économique pour qu’il soit copiable. Comment faire reconnaître le métier de concierge de formation solidaire auprès de France Compétences. Comment répondre au CFPPA sur le BPREA en prenant le lead plutôt qu’en étant sous-traitant — parce que c’est maintenant qu’il faut le faire. Une phrase de Gilles, dite en passant, tient tout le projet :
« On s’engage et on donne, et après il y a du retour. »
C’est vrai du territoire. C’est vrai des entreprises. C’est vrai des personnes qu’on accompagne. Et c’est ce qui rend le compte à rebours supportable.



