Récit d’Icifornie : ici commence l’odyssée d’un territoire apprenant

vignette recit territoire

Ce récit écrit par l’équipe cœur d’Icifornie retrace la naissance d’un projet de formation innovant en milieu rural. Une aventure collective, ancrée en Chalosse, pour repenser l’accès à la formation, depuis les besoins du territoire.

Il était une fois un territoire rural, vivant et plein de reliefs, la Chalosse, où des habitants, des professionnels et des collectivités se sont mis en mouvement. Ce mouvement, c’est celui d’une réponse à un appel : réinventer la manière d’apprendre, de se former et de s’insérer professionnellement au cœur des campagnes.

Alors ici, dans ce coin de carte, une équipe locale a osé une utopie concrète : Icifornie.

« Ici », c’est le territoire que l’on habite, que l’on connaît par ses sentiers, ses bistrots, ses souvenirs. « Fornie », c’est l’inspiration venue d’ailleurs, de lieux qui innovent et cherchent sans relâche de nouvelles manières de faire.

Icifornie marie ces deux dimensions pour imaginer une formation distribuée, accessible, mobile, accompagnée, humaine. Une conciergerie de formation solidaire y veille, comme un éclaireur bienveillant qui tisse les liens entre les envies d’apprendre et les possibles d’un territoire.

Ce récit commence maintenant. Il se nourrit des voix de celles et ceux qui, ensemble, construisent ce futur désirable. C’est une odyssée collective, un voyage initiatique qui part de l’ici, pour inventer demain.

Le monde d’avant

Ils ont dit qu’on ne pouvait pas se former ici, ben si en fait on pourrait. Et même : on pourra ! On fait le pari ! vous allez voir…

Avant, on allait à l’école et si on voulait continuer, il fallait aller à l’internat.

Alors on a arrêté. On ne voulait pas quitter, alors on ne s’est pas formé.

Celui qui voulait, il est parti. Il s’est posé ailleurs et n’est jamais revenu.

Et t’as vu depuis le COVID, c’est encore pire.

Pourtant, beaucoup aimeraient venir s’installer chez nous. C’est quand même dommage que ceux d’ici n’en profitent pas.

On est bien ici. On veut pouvoir y rester. Ou y revenir.

C’est attractif pour d’autres, il faut que ça puisse l’être pour nous aussi.

L’appel

Alors on s’est dit, avec les copains : « Et si on changeait ça ? »

On voulait trouver ensemble les moyens de rêver plus loin : rendre tout ça possible.

Et ce rêve est devenu possible.

Nous, tiers-lieu en milieu rural, on ne voulait oublier personne, n’exclure aucun territoire.

Nous, tiers-lieu en milieu rural, on voulait offrir une alternative pour apprendre, partager et vivre sur le territoire.

On avait besoin d’un partenaire fiable, de confiance pour développer le volet formation. Quelqu’un qui partage nos valeurs.

L’AFEPT est venu naturellement. Engagé dans l’Économie sociale et solidaire, avec la même envie de changer le monde et de travailler autrement.

Le passage

On avait notre expérience. On l’a racontée, éprouvée sur le terrain, on l’a étudiée, diagnostiquée et on a produit. C’était notre lecture du territoire, avec nos lunettes à nous de ce qui était possible ici.

Et puis un jour, il y a eu l’appel à projets de la Région. Accessible. Faisable.

On a été choisis.

C’était pas gagné.

Mais on avait cette envie de proposer un truc nouveau dans la formation.

Et puis il y a eu ce premier signal : un besoin en compétences rares : couturières d’ameublement.

Six femmes, un collectif d’artisans locaux, un besoin urgent et récurrent.

On a inventé un parcours cousu main.

Alors qu’il n’y avait plus personne sur le territoire pour proposer cette formation.

C’était pas juste une formation. C’était une réponse.

Une réparation.

Une manière de dire : on peut faire autrement.
On peut former ici.
On peut créer du commun.

On a senti que c’était possible.
Qu’on tenait là quelque chose.

Les traversées

Le chemin était long. Laborieux. Mais on s’est lâchés et on s’est bien marrés.

C’était génial mais tout restait à faire.

Trouver les bons partenaires. Convaincre que c’était possible.

Mais on avait lancé la machine, et ça tournait.

Alors on s’est lancés.

Pas si facile !

Les apprenants, fallait les avoir au bon moment. Les financements aussi.

On avançait entre fenêtres qui s’ouvrent et murs qui résistent.

Mais on avançait.

Pour certains d’entre nous, c’était le grand saut.

Premier appel à projet régional. De la gestion de projet XXL. Et des sigles parfois incompréhensibles. 

Alors on notait en douce sur nos téléphones : ça veut dire quoi EPCI, COREF, PRDF…?

On entrait dans un monde de codes, mais on apprenait vite.

On parlait des langues différentes : celle de l’ESS, de la formation, des collectivités, du monde économique.

On ne voyait pas toujours le monde de la même façon, mais on arrivait quand même à se parler, à se comprendre.

Parce que derrière, il y avait un truc qui passait : l’envie.

La curiosité, la niaque.

On voulait faire ensemble, et ça suffisait à créer un langage commun.

Le langage des bâtisseurs.

On a appris sur le tas.
À gérer des projets complexes, à co-écrire, à distribuer les rôles.
On s’est épaulés, portés, organisés.
La compétence, elle s’est construite à force de confiance.
C’est devenu notre socle.
Un capital invisible, mais précieux.
C’est ça qui nous tient.
Et qui nous tiendra.

Car on sera tous bien plus forts demain quoi qu’il arrive.

On a croisé des gens super.
Des tisseurs de possibles.
Des artisans du sens.
On construisait des ponts sans faire exprès.
On ouvrait des chemins.

On ne savait pas toujours ce qu’on faisait,
Mais on savait pourquoi on le faisait.
Et ça, ça suffit pour avancer.

Horizons ouverts

Avec les collègues, on rencontre des partenaires, des idées fusent, des bouts de projets s’amorcent.

Les IMPOSSIBLES d’hier deviennent des POSSIBLES d’aujourd’hui. C’est chouette !

On se dit que ce qu’on fait là, ça pourrait servir ailleurs.

Pour inspirer d’autres territoires ou d’autres métiers.

Ce qu’on vit avec l’AFEST, c’est puissant.

Une manière d’apprendre qui part du terrain. Du geste.

À la fois formelle et informelle.

Ça, on peut l’emmener loin.

On se prépare à un monde où il faudra apprendre vite, souvent.

Avec des micro-certifications, des blocs de compétences.

Et surtout du vécu.

L’AFEST, c’est ça.
Apprendre en faisant.
Mesurer en vivant.
Progresser en situation.

Icifornie devient ce lieu d’échanges, de frottements, de liens.
Un terrain d’interconnaissances.

Parce que même ici, sur le même territoire, on ne se connaît pas vraiment.
Les natifs peut-être.
Mais les autres ?
Pas encore.

Alors on crée des espaces pour se reconnaître.
Et ça, c’est la base de tout.
Se connaître pour coopérer.
Coopérer pour apprendre.
Apprendre pour vivre et travailler dignement, chez nous.

Et faire territoire ensemble.

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