Un entretien avec Véronique Durepaire, coach et coordinatrice à la conciergerie de formation du Kl’hub, au sujet de son expérience de tutrice avec Louise, apprentie CIP formée à l’AFEPT dans le cadre d’Icifornie.
Un tuteur, pour moi, c’est quelqu’un qui aide à faire pousser
Véronique Durepaire est coach indépendante. Elle travaille au sein du Kl’hub comme coordinatrice de la conciergerie de formation Icifornie. Cette dernière année, elle a aussi été tutrice d’une apprentie, Louise, en formation de conseillère en insertion professionnelle.
« J’avais déjà été maître d’apprentissage auparavant. J’avais donc cette habitude d’accompagner un jeune qui découvre le monde professionnel. Un tuteur, pour moi, c’est ce lien entre l’apprentissage à l’école et la réalité du terrain. C’est quelqu’un qui traduit, qui rend accessible, qui donne des repères, avec bienveillance et expérience. C’est un peu le sésame qui donne tous les p’tits trucs que tu aurais mis plus de temps à découvrir tout seul. »
Une mission qui démarre dans le flou
Louise est arrivée au Kl’hub dans le cadre du lancement d’un tout nouveau dispositif : « Ma Réussite Pro Chalosse ». Elle a suivi ses cours théoriques à distance via l’AFEPT, avec des sessions en présentiel à Bordeaux tous les deux mois. Elle était supposée suivre les cours à distance depuis le Kl’hub, mais très vite, elle a préféré rester chez elle.
« On découvrait le dispositif en même temps qu’elle. Ce flou initial, on l’a traversé ensemble. Elle m’a accompagnée dans les premiers entretiens avec les bénéficiaires. J’ai transmis ce que je savais : la posture d’écoute, le questionnement, la reformulation. Toutes ces techniques qui permettent de mener un accompagnement. Elle a aussi vu le travail avec les partenaires sociaux, le maillage territorial. »
Une rencontre qui ne se fait pas
Mais rapidement, Véronique sent que quelque chose résiste. « Louise a très vite été contre. Contre le projet, parce qu’elle ne le comprenait pas. Elle se sentait à part, hors cadre. Les autres apprentis étaient dans des structures classiques, elle non. »
Cette singularité du Kl’hub, souvent revendiquée comme une force, devient ici une difficulté. « C’est une structure atypique, un champ d’expérimentation, où on dit souvent ‘ici, ce n’est pas comme ailleurs’. Moi j’ai accueilli Louise avec ouverture. Mais je n’ai pas réussi à lui donner envie d’entrer aussi dans mon monde. »
La relation se tend. Les échanges deviennent difficiles. Véronique le dit avec pudeur, mais sans détour : « La rencontre ne s’est pas faite. J’ai essayé beaucoup de choses. J’ai cherché la porte d’entrée. J’ai essayé d’ouvrir mon monde, de comprendre le sien. Mais il n’y avait pas de curiosité réciproque. Pas d’élan vers l’autre. »
Poser un cadre n’est pas trahir ses valeurs
Véronique revient sur un point central : l’absence de cadre clair, au départ, dans un dispositif en lancement, a renforcé le déséquilibre.
« En entreprise classique, on aurait recadré plus vite. Là, on n’a pas osé, on n’a pas trouvé le juste équilibre entre liberté et rigueur. Et moi, j’ai pris sur moi, j’ai essayé de m’adapter. Mais c’est comme un enfant à qui on n’ose pas dire non : on croit être généreux, mais on ne l’aide pas à grandir. »
Elle ajoute : « J’aurais aimé qu’on construise le cadre ensemble, qu’on pose des repères clairs. Ce n’est pas antinomique avec nos valeurs. C’est au contraire leur condition de solidité. »
Des enseignements à transmettre
« J’ai appris que ça ne fonctionne pas toujours. Et qu’il faut le dire. Quand j’ai rencontré les futures tutrices de la formation AFEST couture, tellement enthousiastes à l’idée de transmettre aux futures apprenties, je leur ai dit : attention, il s’agit avant tout d’une rencontre. Et elle peut ne pas avoir lieu, il faut s’y préparer. »
Et pourtant, tout n’est pas à jeter. « Louise a appris, elle aussi. Elle a intégré ce que j’ai pu transmettre, sur les techniques d’accompagnement, sur le lien aux bénéficiaires. Mais c’était une relation en parallèle, pas un véritable croisement. J’avais la prétention de croire que j’avais l’habitude. Et Louise m’a rappelé que chaque rencontre est unique. C’est une épreuve d’humilité. Malgré cette déception personnelle, je suis heureuse que Louise ait pu apprendre à nos côtés, elle vient d’obtenir son diplôme, c’est une vraie réussite à célébrer !’.
Soigner l’invisible : le rôle de la conciergerie
Véronique conclut sur ce que cette expérience révèle du rôle profond de la conciergerie :
« C’est être l’interface entre la formation et l’entreprise, celle qu’on vient voir au moment du café, quand ça ne va pas. C’est un support, une ressource, un espace de dialogue. Et c’est vital. Quand les cours sont à distance, sans lieu ni lien humain direct, il est facile de perdre sa motivation, de lâcher. »
Le Kl’hub permet ça : créer des liens humains qui ressourcent et font du bien, aller au bout d’une formation qui challenge, imaginer des solutions là où seul on n’y voit plus si clair.



