En Nouvelle-Aquitaine, les tiers-lieux ne sont plus des curiosités : ce sont des catalyseurs de transitions. Depuis plus de dix ans, la Région les accompagne, les soutient, les observe et les encourage. Et dans le prolongement naturel de cet engagement, elle a lancé en 2022 un appel à projets résolument visionnaire, à l’intersection entre formation professionnelle et innovation territoriale : « Tiers-lieux et formation ».
Ce dispositif traduit une orientation politique forte : penser la formation professionnelle continue comme un levier d’émancipation, à la fois individuelle et collective. Et surtout, reconnaître que les solutions ne viendront pas uniquement d’en haut, mais qu’elles s’inventent déjà sur les territoires. C’est cette ambition qui a conduit la Région à encourager des coopérations inédites entre deux mondes qui se côtoient peu : celui des organismes de formation agréés (OF) et celui, plus fluide et expérimental, des tiers-lieux.
Un contexte régional marqué par l’enjeu de l’accès à la formation
Comme le rappellent plusieurs diagnostics socio-économiques menés en interne par la Direction de la Formation Professionnelle et de l’Apprentissage, la Nouvelle-Aquitaine est traversée par de fortes disparités géographiques. Deux tiers de l’offre de formation professionnelle sont concentrés sur quelques pôles urbains : Bordeaux, Bayonne, Poitiers, La Rochelle… À mesure que l’on s’éloigne de ces centres, l’offre s’étiole. Les zones rurales ou peu denses, comme le Périgord vert, le Confluent Agenais ou la Chalosse, voient s’éroder les possibilités d’accès à la formation, en particulier pour les adultes peu mobiles ou les personnes en reconversion.
La Région identifie aussi une autre limite : celle de l’adéquation trop stricte entre offre de formation et insertion immédiate. Les marchés publics de formation sont aujourd’hui contraints par une logique d’efficacité rapide, centrée sur le retour à l’emploi, ce qui peut exclure les expérimentations ou les démarches d’apprentissage plus progressives.
Une réponse : rapprocher la formation des territoires… et des gens
L’appel à projets « Tiers-lieux et formation » s’inscrit précisément dans cette double tension. Il vise à :
- Favoriser l’implantation d’actions de formation dans des territoires sous-dotés, grâce à l’appui logistique et humain des tiers-lieux ;
- Expérimenter de nouveaux modèles de coopération entre les tiers-lieux et les OF, en valorisant les compétences de chacun ;
- Soutenir la transformation pédagogique des OF, au contact de pratiques plus ancrées dans le faire, le collectif, l’expérientiel ;
- Consolider le modèle économique des tiers-lieux, en leur permettant de participer à des parcours de formation sans devoir devenir eux-mêmes OF.
Autrement dit, il s’agit de tester une vision plus coopérative de la formation, qui sort des silos et fait le pari de l’hybridation : entre formel et informel, entre cadre et expérimentation, entre logique institutionnelle et ancrage local.
Des prérequis assumés pour des projets ambitieux
L’appel à projets, lancé en 2022, s’adressait à des binômes composés d’un OF et d’un tiers-lieu, engagés dans une démarche de co-construction. Il ne s’agissait pas de simples prestations : la coopération devait être réelle, pensée dès l’amont du projet.
Plusieurs critères étaient posés dès le départ :
- Une formalisation claire du rôle de chaque partenaire ;
- Une analyse fine des besoins du territoire d’implantation ;
- Une réflexion sur la transférabilité ou la capitalisation de l’expérience ;
- Une attention portée aux publics éloignés de la formation ou de l’emploi (jeunes sans qualification, personnes en reconversion, demandeurs d’emploi de longue durée, etc.) ;
- Un engagement sur l’accompagnement de la transformation pédagogique ou organisationnelle de l’un ou des deux partenaires.
Un cadre précis mais volontairement souple. L’idée était de laisser aux acteurs la liberté d’imaginer sans être contraints des solutions adaptées à leur contexte, à leurs ressources, à leurs alliances.
Une première vague d’expérimentations
Parmi les lauréats de cette première vague, plusieurs projets témoignent de la richesse des approches : ateliers numériques mobiles, coopératives agricoles apprenantes, accès à la formation pour les femmes isolées, etc.
Le projet ICIFORNIE, porté par le tiers-lieu Kl’hub à Mugron (40) et l’organisme de formation AFEPT (basé à Bordeaux), fait partie de ces tentatives ambitieuses. Sa proposition repose sur deux piliers : une formation distribuée, pour amener les sessions de formation dans les territoires, et une conciergerie de formation solidaire, pour lever les freins périphériques qui empêchent les publics d’y accéder ou qui découragent les entreprises d’être force de proposition pour que leurs salariés montent en compétences et s’adaptent aux évolutions sectorielles.
Un modèle encore fragile, mais prometteur
Ce dispositif reste expérimental. Il ne prétend pas réformer le paysage de la formation en profondeur. Mais il envoie un signal fort : celui d’une région qui fait confiance à ses acteurs de terrain, qui reconnaît les tiers-lieux comme des vecteurs de transformation, et qui accepte de miser sur la coopération pour faire évoluer les pratiques.



