Printemps et été 2026 : la trésorerie qui manque, le KARE qui ouvre, le bilan qui commence
L’humeur du moment
- Collectif, 22 mai : « On manque toujours de pognon, de tréso. Il nous faut de l’essence dans la voiture. On a de l’activité, ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est du temps, ça prend de l’énergie. »
- Isabelle, 22 mai : « Parfois ça freine l’action. Est-ce qu’on va y arriver ? Parfois je me le dis. » Quelques minutes plus tard, à propos du KARE : « Ça me prend du temps mais j’ai une petite équipe chouette. C’est très excitant. »
- Gilles, 22 mai : « On arrive sur une phase où il faut relire, écrire, repenser, analyser tout ce qu’on a fait. Pas simple, car on a fait pas mal de choses, et il y a encore plein de choses en cours. »
- Gilles, 28 juillet : « Je suis ravi, je ne pouvais pas espérer mieux. Ces vingt-quatre derniers mois se sont très bien passés. On a beaucoup donné, on a eu des emmerdes, mais franchement, avoir vécu ça, je trouve ça très très chouette. »
- Isabelle, 28 juillet : « J’ai l’impression de revenir cinq ans en arrière. Il va falloir écrire. J’arrive comme une enquêtrice qui prend des notes et qui ramasse. Je trouve ça chouette, je me retrouve sur ma recherche. »
« On a beaucoup donné, on a eu des emmerdes, mais franchement, avoir vécu ça, je trouve ça très très chouette. »
Faits marquants et rencontres
- La trésorerie, encore. L’avance de 50 % de la Région a été reçue et consommée. Il reste 40 000 € de salaires à consommer sur Icifornie jusqu’à fin août, mais embaucher suppose de trouver les 30 % de cofinancement derrière, ou de prendre le risque de l’autofinancement. Gilles monte un bilan intermédiaire pour obtenir un acompte ; le solde, lui, n’arrivera pas avant 2027. En attendant, l’association emprunte : une garantie France Active sur la moitié d’un prêt, 25 000 € à moyen terme au Crédit Agricole, remboursables dans onze mois, 8 000 € de découvert autorisé, et 25 000 € à taux zéro de France Active. « Tout ça est très juste. »
- Le KARE se prépare à ouvrir. Isabelle est mobilisée sur l’ouverture du nouvel espace, avec Julie, Marie-Hélène et Christine, une amie artiste. Le principe : montrer tout le travail accompli avec le chantier participatif, et demander aux visiteurs à quoi ils voudraient participer. Un arbre à rêves à l’entrée, une déambulation entre la menuiserie, un atelier d’arts plastiques, un atelier son, un atelier dialogue inspiré de la CNV avec un jeu de cartes émotions, des espaces de travail et de formation, et une partie éco-construction pour raconter pourquoi et comment le lieu a été rénové. Dans chaque espace, un même panneau descriptif renvoie à un petit questionnaire : t’es-tu déjà formé ? as-tu déjà imaginé te former dans le coin ? Le vendredi, un repas de partenaires : une cinquantaine de structures du social, de la santé, de la petite enfance, de la jeunesse, de la communauté de communes et de France Travail. L’inauguration a eu lieu fin juin ; la presse locale en a rendu compte le 29 juin.
- Les ateliers CNV ont trouvé leur public. Isabelle désespérait d’y arriver depuis le début de l’année. Au dernier, ils étaient dix. Les ateliers ont été délocalisés au pôle social de Lourquen, à cinq minutes de Mugron, faute de local disponible au Kl’hub.
- Le chantier comme porte d’entrée. Une assistante sociale a envoyé un bénéficiaire sur le chantier du KARE. Isabelle raconte un homme arrivé d’une situation inextricable, qui partage les repas et les moments de chantier, « comme si quelque chose était à nouveau possible ».
- Le pilier entreprises, loin de l’objectif. Plus de cinquante contacts, mais neuf ou dix entreprises réellement accompagnées, dont quatre sur la marque employeur territorialisée. Gilles a accompagné CASMAU pour construire juridiquement l’établissement commun qui portera la marque, soit sept entreprises, et deux autres entreprises autour de FESTON. Isabelle a eu trois échanges avec Oléandes avant que le patron ne décline : trop de choses urgentes. La personne qui portait ce volet au Kl’hub a repris un salariat à distance, à temps partiel.
- L’ingénierie se redistribue. Sylvie, de l’AFEPT, est à mi-temps sur Icifornie jusqu’à fin août. Gilles a proposé qu’elle s’empare du référentiel de compétences du concierge ; l’AFEPT parle également des open badges pour valider des micro-compétences. Un rendez-vous avec Oyola formation, le matin du 22 mai, ouvre une piste de formation de formateurs et de managers sur le territoire.
- Le DU FabManager de Cergy. En mai, aucun retour formel de l’université malgré les relances, et la crainte que l’idée soit reprise ailleurs. Le 28 juillet, Gilles annonce un accord de principe pour la rentrée. Le Kl’hub dépose par ailleurs un double cursus maker designer au répertoire spécifique.
- Le bilan s’organise. Le 28 juillet, l’équipe fixe le comité de pilotage à la fin septembre, parce qu’il faut demander le solde, et dessine la restitution : un parcours de déambulation avec une cartographie en entrée, des îlots avec vidéo, son et lectures, et un livre. Jade travaille le design des îlots. Gilles consolide les chiffres avec Alysson ; ceux de l’AFEPT sont encore attendus. Toute facture postérieure à fin août est pour le Kl’hub : les devis du livre, des frises et des impressions doivent être posés avant le 31.
Réflexions et questionnements
- Emprunter pour attendre. « Le cash, on l’a crashé avec la Région, qui a un an de retard de paiement, plus l’État avec MRPC. On doit emprunter pour eux. On connaît cette règle du jeu. » Gilles le dit sans colère, et ajoute : « C’est dommage, c’est une belle aventure, mais les modalités de paiement sont compliquées. » Le constat du journal #7 se vérifie : ça bloque la démarche et l’énergie quand on n’est pas sécurisé sur les moyens.
- Le temps des personnes, le temps des organismes. Isabelle a une forme de frustration. Avec les parcours individuels, tout est long : conscientiser le besoin, trouver la mobilisation, savoir sur quoi se former. « Ce n’est pas rien, faire une formation. Je n’avais pas mesuré à quel point ça pouvait l’être. » Avec les organismes de formation, quatre à cinq mois de pourparlers pour obtenir un premier rendez-vous. « La conciergerie aura du sens quand l’AFEPT aura le sentiment d’avoir un vrai relais local dans les Landes. Aujourd’hui, ce n’est pas fluide. »
- La coopération ne se décrète pas. Au pôle social de Lourquen, Isabelle est arrivée avec des idées d’ateliers au moment où un poste d’animateur n’avait pas été financé. « La coopération naît d’une nécessité, d’un besoin au moins d’un côté. » Les négociations et les déjeuners n’avaient rien donné ; le projet, lui, a réuni. Sur le regard du territoire : « On a ramé, on nous regarde en chien de faïence, on nous jalouse, puis on nous envoie les gens. »
- Gilles et la formation professionnelle continue. Il s’était juré de ne jamais y retourner : trois recherches-actions, beaucoup d’argent perdu, cinquante-cinq salariés sans savoir comment les payer. « C’est trop incertain, trop réglementé, d’une violence terrible. »
Cette conciergerie, elle, est détachée d’un volume. « On change les règles du jeu, on est au service du territoire. Les gens ont besoin de monter en compétences, c’est une certitude. » Le commissaire aux comptes conseille désormais d’oublier un peu le salariat pour être résilient, à l’inverse de ce qu’il disait il y a deux ans. Gilles reste partisan d’un salariat choisi, qu’il voit comme un droit.
« On change les règles du jeu, on est au service du territoire. Les gens ont besoin de monter en compétences, c’est une certitude. »
- Un avant et un après pour l’AFEPT. Le 28 juillet, Jean-Yves et Sylvie disent ce que l’expérimentation a changé chez eux. L’AFEPT avait tenté trois fois de jouer avec un tiers-lieu sur des appels d’offres, sans succès, avant Icifornie. Elle a investi de nouveaux terrains, l’AFEST notamment, et sait maintenant que le qualifiant est possible dans ce cadre. Sylvie, arrivée en 2024 : « Ça a impacté l’ensemble de l’AFEPT. Dans la présentation 2025 de l’association, l’innovation pédagogique est désormais présente, alors qu’il n’y avait rien dans le bilan 2024. » L’audit Qualiopi a salué l’innovation pédagogique de FESTON.
- Ce qu’il faudra savoir mesurer. Un référentiel d’indicateurs sensibles : ce territoire apprenant, concrètement, c’est quoi, et comment chacun l’a vécu ? Sommes-nous plus grands qu’il y a deux ans, individuellement et collectivement ? Puis une mesure d’impact qui prendrait un polaroïd de la situation en 2024 pour pouvoir, en 2030, regarder ce que ça a changé dans la vie des gens.
- Avant et après la formation. En clôture du 22 mai, Gilles pose ce qui devra guider le récit : dans une conciergerie, il se passe quelque chose avant et après la formation. Je peux participer au fablab, venir télétravailler, suivre un atelier. La conciergerie est un instant dans un espace de travail et de lien social, et la plus-value pour l’usager se mesure là.
« dans une conciergerie, il se passe quelque chose avant et après la formation. Je peux participer au fablab, venir télétravailler, suivre un atelier. La conciergerie est un instant dans un espace de travail et de lien social, et la plus-value pour l’usager se mesure là. »
Intentions et idées pour la suite
- Un bilan « technique mais sympa », qui donne envie à d’autres de s’en emparer. Gilles : « Oh les salauds, ils ont inventé un truc, j’en veux ! » Avec un comité de pilotage financier « béton », argumenté, parce qu’essaimer suppose d’être très clair sur les chiffres.
- Un livre dont on sera fiers, à l’AFEPT et à Mugron, « à condition qu’il soit utile et pas chiant ». Un jeu de cartes pour l’essaimage. Isabelle demande un rétroplanning et un « qui fait quoi », « car fin août, c’est après-demain ».
- Quatre personnes doivent entrer en parcours de formation en septembre.
- Une recherche-action participative sur le KARE, le rêve d’Isabelle : que la production engage les bénéficiaires, les intervenants et ceux qui écrivent. Il faudra d’abord trouver des financements.
- L’essaimage : le forum national de l’ESS en novembre, la Coopérative Tiers-Lieux, le rapprochement avec l’UROFA. Pour la suite : « À nous de chasser les marchés pour faire de l’Icifornie 2027-2030. » K Chalosse 2, financé par l’État, prendra le relais sur le pilier entreprises, avec la plateforme PESC pour recenser les besoins.
- Raconter ce que le récit a produit : avons-nous contribué à une culture de territoire apprenant, un peu, beaucoup, pas du tout ? Puis penser le récit dans l’essaimage.
« essaimer suppose d’être très clair sur les chiffres »
Terminado
Fin mai à Mugron. Les jours s’allongent, les sujets aussi. Autour de la table, on commence par l’essence dans la voiture, c’est-à-dire par l’argent, et on y revient plusieurs fois, comme on revient à un rond-point. L’avance est consommée, le solde est pour 2027, et entre les deux, il y a l’été. Gilles énumère les prêts avec le calme de quelqu’un qui a déjà fait les comptes trois fois. Puis cette phrase qui fait rire la table, de ce rire qu’on connaît bien ici : « Celui qui signe son CDD le 1er juin, il faut qu’il accepte qu’on ne le paie pas. Au moins, tu as un contrat ! »
On compte autre chose, aussi. Il reste trois mois, pour un pilier entreprises qui est loin de son objectif, pour quatre parcours individuels qui ne démarreront pas avant septembre, et pour que Sylvie, à mi-temps, ne soit pas seule sur un référentiel de compétences dont personne n’a encore dit s’il le voulait. Isabelle le dit avec sa franchise habituelle : son objectif est plus bas que celui de Gilles, et elle garde une forme de frustration. On ne peut pas forcer les choses lorsqu’il s’agit de la vie des personnes. Le temps d’une personne est le temps de cette personne, et on ne le compresse pas.
La séance n’est pourtant pas grise. Isabelle a une petite équipe et un lieu à ouvrir. Elle décrit l’arbre à rêves, les fils tendus, les bouts de tissus, le questionnaire qui demande à chacun s’il a déjà imaginé se former dans le coin. Elle voudrait de l’inattendu, pouvoir surprendre. Son vrai rêve, surtout : une recherche-action sur ce lieu, avec les gens qui le fréquentent, et elle se donne l’année pour y arriver. Gilles n’est pas inquiet : « Cette étrangeté qui est le Kl’hub était un repoussoir, mais ça commence à attirer un peu. » Lui qui rêve d’une cabane au fond des bois dit aussi tout le bien que lui font les repas partagés sur le chantier. Hélène, à qui on demandait comment on se retrouve un jour sur un chantier, aurait répondu : « Moi je connais la cause, elle s’appelle Gilles ! »
Fin juillet, la séance suivante se tient en visio, et elle a changé de nature. Il s’agit désormais de regarder ce qui a été fait. Gilles est dans les chiffres avec Alysson ; il veut un comité de pilotage financier qui ne nous mette pas dans l’eau. Isabelle, elle, se découvre enquêtrice : elle ramasse, elle prend des notes, elle retrouve sa posture de chercheuse. La restitution prend forme en parlant, une déambulation, des îlots, une cartographie, un catalogue de fiches avec lequel les partenaires pourraient repartir, et ce livre dont tout le monde veut être fier, à condition qu’il ne soit pas chiant. Jean-Yves et Sylvie disent, chacun à leur façon, qu’il y a eu un avant et un après pour l’AFEPT. C’est peut-être la nouvelle la plus importante de l’été.
Reste la date butoir. Isabelle la résume en un mot : « Au 31 août, terminado. » Après, chaque facture est pour nous. Le grand raout d’automne se fera sur fonds propres. L’équipe le sait, et le dit en riant, parce que c’est ainsi qu’on dit les choses sérieuses ici.
À la rentrée, le comité de pilotage du 18 septembre refermera la phase de déploiement. Le bilan commence, avec son livre, ses chiffres, ses indicateurs qu’on veut sensibles, et une date pour une restitution vivante et joyeuse sans doute en fin d’année à Mugron. D’ici là, il faudra relire, écrire, repenser. Gilles l’avait dit en mai, en soupirant à moitié. Il reste à savoir si on y arrivera sans perdre ce qui rend ces projets uniques : les rires, les repas, et l’habitude de se dire les choses comme elles sont.
Liens utiles
Aucun lien dans les sources de la période. Renvoi possible vers les journaux de bord #6 et #7 et vers l’article de presse du 29 juin 2026 sur l’ouverture du KARE.
Note interne (brouillon) : à supprimer avant publication
Photos suggérées
- Coupure de presse du 29/06/2026 sur l’ouverture du KARE (Drive, PHOTO-2026-06-29-article Kare.jpg) ; visuel KARE.jpeg (Dropbox Com Klhub).
- Photos de l’ouverture du KARE (arbre à rêves, déambulation, repas de partenaires) : à identifier dans l’inventaire photos.
- Photos de la séance du 22 mai ou de l’été au Kl’hub : à identifier dans l’inventaire photos.



