Récit du troisième et dernier comité de pilotage d’Icifornie, vendredi 18 septembre 2026 : vingt-quatre mois d’expérimentation, les chiffres, la chaîne de valeur et ce qui reste à faire.
Une équipe fébrile
Isabelle devait beaucoup intervenir ce matin. Elle est aphone. Gilles parlera à sa place. L’équipe du Kl’hub est fébrile : vingt-quatre mois d’expérimentation, une implication qui a pris une grande place dans la vie du tiers-lieu, et une heure quinze pour tout dire devant les financeurs. Le support de présentation compte vingt-trois diapositives.
Le cadre
Gilles rappelle le contexte, les partenaires, les objectifs et les financements. Budget total : 328 570 euros TTC, dont 229 999 euros de subvention au titre de l’appel à projets « Tiers-lieux et formation », 56 000 euros d’autres ressources à générer et 42 571 euros d’autofinancement des parties (bénévolat, travaux, fonds propres). Trois phases : préparation de septembre à décembre 2024, déploiement de janvier 2025 à juillet 2026, bilan en août et septembre 2026. Le consortium associe le Kl’hub, tiers-lieu et l’AFEPT, organisme de formation. Toute une équipe a travaillé sur la mise en œuvre : la conciergerie et la coordination partagées entre Béatrice, Véronique, Isabelle et Gilles, l’ingénierie de formation avec Jean-Yves et Sylvie, et en soutien Marie-Hélène, Isabelle P., Alysson et Jade. Et moi, Eléonore Détaint, à la mise en récits.
Ce que le Kl’hub a appris
Gilles livre les enseignements du tiers-lieu. L’approche personnalisée répond à un besoin réel sur le territoire. Garder de l’humain est indispensable : « on ne peut pas faire du tout numérique. » Le réseau des partenaires locaux est un facteur clé, fondamental et écosystémique ; le récit y reviendra lors de la restitution de décembre. Les outils administratifs doivent s’adapter aux spécificités du public.
« Le Kl’hub est un tiers-lieu, pas un organisme de formation. Quand on offre un service, on doit être à la hauteur d’une formation de qualité. »
La formation distribuée vue par l’AFEPT
Jean-Yves prend la parole pour l’organisme de formation. La formation distribuée exige une analyse de faisabilité des parcours plus fine que d’habitude, parce qu’il y a hybridation : un groupe de stagiaires sur site et un stagiaire accompagné dans un tiers-lieu, le tout dans les exigences réglementaires et Qualiopi. L’AFEPT a dû développer un outillage spécifique. La répartition des rôles doit être très claire dès le départ, et le conventionnement compte beaucoup. Il fallait un environnement numérique « facilitant, enveloppant et accompagnant ». Le retour d’expérience se résume à des ajustements permanents.
« Il fallait un environnement numérique « facilitant, enveloppant et accompagnant ». »
Un regret : toutes les typologies de parcours imaginables n’ont pas pu être testées. La base est néanmoins solide. L’hybridation des modalités pédagogiques favorise l’engagement, à condition que le concierge accompagne. « Il est illusoire de s’aventurer sur de la formation distribuée sans un accompagnement de proximité, pour les publics que l’on a approchés en tout cas. » Le référent connaît le territoire et peut lever les freins. L’accompagnement technique est très important, les temps de regroupement en présentiel aussi. Côté organisme, l’adaptabilité est absolument nécessaire : sur les parcours longs, la relation entre formateur et formé n’est pas la même à distance, et le formateur doit trouver une posture qui bouge. L’organisme garde la responsabilité des process qui garantissent la qualité du parcours, et il lui faut un relais formé, acculturé à ses pratiques, au sein de la conciergerie.
« L’hybridation des modalités pédagogiques favorise l’engagement, à condition que le concierge accompagne. « Il est illusoire de s’aventurer sur de la formation distribuée sans un accompagnement de proximité, pour les publics que l’on a approchés en tout cas. » Le référent connaît le territoire et peut lever les freins. »
David demande si une veille a identifié, en Nouvelle-Aquitaine, des formations capables d’accompagner les formateurs sur ces chemins nouveaux. Jean-Yves n’en a pas trouvé, sans avoir insisté. À l’AFEPT, bouger ne concerne pas toutes les équipes : « ça va prendre du temps d’emmener tout le monde. » L’évolution des pratiques a conduit l’organisme à s’associer avec un éditeur pour développer un ERP ouvert aux stagiaires, aux tuteurs, aux entreprises et aux formateurs, de l’analyse du besoin au suivi post-parcours.
Les bénéficiaires
Eugénie demande combien de personnes ont bénéficié de formations, et avec quels profils. Gilles s’appuie sur le support. AFEST localement : 6 demandeurs d’emploi, 6 salariés (les cinq tutrices et la formatrice) et 5 entrepreneurs. Accueil de 3 apprentis, deux en CIP avec l’AFEPT et Jade avec l’école supérieure de design. Formation numérique : 12 artisans et commerçants. Accompagnement RH de 15 salariés avec le CFPPA. Formations individuelles : un CléA numérique, une POEI, une formation CPF. 17 entreprises accompagnées sur 50 en contact. Accompagnement et formation de 5 apprenants, migrants, vers des parcours adaptés. Les 6 demandeuses d’emploi de l’AFEST sont toutes des femmes, dont 2 de moins de 25 ans. Beaucoup d’autres actions ont été menées, qui n’entrent pas dans ce décompte ; la restitution les racontera.
Sur les secteurs et les domaines, Gilles complète. Il s’est formé lui-même et est devenu référent AFEST. La formation CIP a été modifiée pour que Louise apprenne sur le territoire, avec quelques montées à Bordeaux. Pour l’ALPI, agence portée par le Département et la Caisse des dépôts, l’opération était innovante. Un organisme de formation a sollicité le Kl’hub pour de l’accompagnement RH, réalisé en interne. Le CléA a été distribué mais unique, un bénéficiaire et un formateur, hors formation collective : « à éviter, tout le monde perd sa chemise. On apprend des choses aussi. » Avec la DDETS-PP 40, 17 entreprises ont été accompagnées sur une cinquantaine mobilisées.
Le bilan financier
Gilles passe aux chiffres : « il faut y aller ! » Une piste autour de la santé mentale ne s’est pas confirmée. La Fondation Entreprendre a soutenu une action de mobilisation des jeunes autour de la création d’activité. La DDETS-PP 40 est venue soutenir le volet entreprises. Les ressources humaines salariées ont été moins mobilisées que prévu, à cause de la fragilité de trésorerie ; prestations et bénévolat ont compensé. « On a réussi à tenir les équilibres. »
« On a réussi à tenir les équilibres. »
Le budget de fonctionnement réalisé s’établit à 311 247 euros, pour 308 895 prévus. Les financements publics atteignent 226 227 euros (73 %), dont 216 227 de la Région et 10 000 de la DDETS-PP 40. La Fondation Entreprendre apporte 5 000 euros, l’autofinancement 5 170. Les recettes des parcours réalisés via la conciergerie s’élèvent à 31 815 euros, pour 56 000 prévus. L’apport en nature du bénévolat monte à 43 035 euros, pour 28 000 prévus. Côté dépenses, le personnel représente 132 101 euros au lieu de 174 000, le fonctionnement 48 882 euros (16 %, pour un plafond conventionnel de 30 %), les prestations de services et la sous-traitance 81 191 euros, dont 74 786 pour les ateliers, les prestations thématiques, le deuxième cercle et le récit.
Sur l’investissement, la Région finance 13 774 euros. Le don de matières biosourcées (chanvre, terre, chaux) n’a pas pu être justifié. Les travaux d’éco-réhabilitation de la friche pour l’espace KARE ont été menés avec des matériaux de seconde main, principalement par les Compagnons Bâtisseurs, structure d’insertion par l’activité économique. « On a conservé notre ADN. » Le bail court sur dix-huit ans.
David relève l’écart entre le bénévolat prévu et le bénévolat engagé. Ses collègues du pôle financier, côté formation, n’ont pas l’habitude des apports en nature, plus fréquents dans l’ESS. L’argumentaire devra indiquer que les salaires ont été moindres et compensés par l’activité bénévole, avec des attestations de bénévoles. Gilles répond que des pointages accompagneront la demande de solde.
La chaîne de valeur : 33 % captés, 7 % de marge
Le tableau central du bilan recense neuf actions qui ont généré du chiffre entre 2024 et 2026, pour 65 bénéficiaires et 149 573 euros de chaîne de valeur. La conciergerie en a capté 48 815 euros, soit 33 % en moyenne. Les disparités sont fortes : quand le Kl’hub fait en direct, il récupère 100 % ; quand la chaîne de valeur n’est pas viable pour l’organisme de formation, il récupère zéro. L’AFEST collective pèse 70 000 euros, dont 11 000 captés (15,71 %) ; l’apprentissage, 42 433 euros sur quatre années cumulées, dont 17 000 captés. Une fois déduites les charges de la conciergerie, l’excédent brut tombe à 9 895 euros : « on génère 150 000 euros, mais on n’a que 7 % de rétribution réelle pour couvrir les charges de fonctionnement. »
D’autres chaînes de valeur ont été tentées. Un consortium AFEPT-Kl’hub, avec des tiers-lieux des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, a répondu au PRF (Programme régional de formation) sur l’administratif (assistante médico-sociale, comptable) : l’organisme distribuait les formations et le Kl’hub coordonnait la formation distribuée locale. « Si on avait été retenus sur la préqualification numérique, on aurait vraiment pu voir le vrai coût de ce que ça coûte de distribuer du PRF dans un tiers-lieu. » Avec VIVEA, le CFPPA a été un partenaire attentif : le Kl’hub a tout fait, mobilisé les compétences, validé les CV auprès de l’OPCO. L’agrément a été demandé en décembre, tout est validé, le collectif se déploiera plutôt en 2027.
La Région demande si l’équilibre économique repose sur un pourcentage plancher. Gilles vise 33 % de chaîne de valeur moyenne. Avec le CIBC 40, qui sollicite la conciergerie pour du CEP, de la VAE et des bilans de compétences, la négociation part sur 10 % : le seuil au-dessous duquel on ne peut pas aller, celui que tout travailleur du Kl’hub verse solidairement depuis l’origine pour ceux qui ne gagnent rien. « 33 %, on a vu que c’était possible. Il nous faut 33 % minimum en moyenne. » Si demain la Région achète du PRF à un organisme qui s’appuie sur une conciergerie en tiers-lieu, ce déploiement a un coût, et il est désormais chiffré. « Hyper intéressant de pouvoir formaliser ça », note David.
En ajoutant les chaînes de valeur tentées, étudiées et à l’étude, Icifornie a rendu possible un flux de 449 173 euros sur vingt-quatre mois. « En intégrant une conciergerie dans son tiers-lieu, on a moyen d’améliorer son modèle économique. » Un service de conciergerie à 360 degrés demande un ancrage territorial particulier : partenaires de mobilité, de logement, du social. « On veut expliquer les clés de la réussite. On saura aussi dire où on s’est plantés. »
« En intégrant une conciergerie dans son tiers-lieu, on a moyen d’améliorer son modèle économique. »
« Un service de conciergerie à 360 degrés demande un ancrage territorial particulier : partenaires de mobilité, de logement, du social. »
Eugénie : « Super intéressant, vraiment, merci. C’était la promesse que vous aviez faite, de pouvoir modéliser cette chaîne de valeur. C’est exactement ce que vous faites. Bravo. »
Ce qui vient
Un premier livre blanc documente l’expérience et ce qui peut être transmis. Le guide de formation distribuée formalise des conventions entre organismes et tiers-lieux, avec une annexe listant l’offre de services à cocher pour objectiver le partage de la chaîne de valeur. Le corpus compte quelque 600 pages. Une marque déposée, avec une doctrine à protéger, est à l’étude. L’équipe a écrit une doctrine plutôt qu’un modèle, parce qu’elle veut essaimer une capacité d’agir. Un label pour les tiers-lieux est envisagé pour demain. Eugénie demande si d’autres tiers-lieux l’ont testé : pas encore, il faudrait un peu de moyens pour continuer. Elle suggère une version plus synthétique pour donner envie. Le récit occupe une part importante du cahier de preuves, et l’équipe aimerait que chaque essaimage continue d’alimenter le corpus.
« L’équipe a écrit une doctrine plutôt qu’un modèle, parce qu’elle veut essaimer une capacité d’agir »
À l’étude aussi : reprendre avec l’université de Cergy, à la mi-octobre, pour ramener en Nouvelle-Aquitaine le DU FabManager, seul en France, en mobilisant la conciergerie et les fablabs des Landes. L’antenne du Campus connecté de Mont-de-Marsan est en suspens, faute de pouvoir financer une ressource humaine commune et parce que le campus accueille les formations gratuitement, contrairement à la conciergerie. Avec l’école supérieure de design de Mont-de-Marsan, des workshops et un module de fabrication numérique se dessinent ; Jade, désormais design manager au Kl’hub en CDI, pourra y donner des cours. Rendez-vous est pris en novembre (JPTO, recherche-action « Apprendre en tiers-lieux, rêve ou réalité », Forum national de l’ESS à Niort) et en fin d’année pour la restitution d’Icifornie, avec le récit et le livre. Eugénie souhaite y entendre des stagiaires, d’autres organismes et des tiers-lieux, pour commencer à faire réseau.
Tour de table
Alysson, arrivée en 2025, évoque la plateforme économique et solidaire de Chalosse et une suite à la task force entreprises : « quand j’ai goûté au côté entreprises, recensement des besoins, FESTON, ça faisait sens sur le territoire. »
Eugénie précise que les aides ESS n’avaient pas vocation à perdurer, que le dialogue reste possible selon l’impact, et que le Kl’hub a été sélectionné dans une grappe régionale sur la marque employeur territorialisée. Il faut d’abord le bilan finalisé.
Marina remercie pour un retour qui permet de cerner les actions, et prévient : faire une place à un tiers-lieu dans le PRF ou une autre modalité d’achat semble difficile à atteindre.
Jean-Yves, pour l’AFEPT : « ça a eu un impact sur nous, nos pratiques et notre feuille de route interne. Pour nous, c’est le début d’une aventure. » Sylvie reprend le mot : « une belle aventure et un défrichage. J’ai beaucoup appris, dans la conception et le suivi des parcours, en même pas deux ans, en très condensé. » Marie-Hélène : « Beau chantier. Ça nous a obligés à nous structurer, au niveau comptable notamment. »
« ça a eu un impact sur nous, nos pratiques et notre feuille de route interne. Pour nous, c’est le début d’une aventure. »
David voit des fils à tirer, dans un contexte qu’il juge peu favorable aux démarches innovantes. D’autres financeurs, les OPCO notamment, paient peut-être mieux ; si le modèle est viable, il faut le montrer. Il se dit persuadé que la conciergerie est un vrai levier pour les tiers-lieux que la Région a soutenus pendant cinq ans et dont beaucoup n’ont pas stabilisé leur modèle économique. Gilles ajoute que l’aide à l’essaimage peut prendre d’autres formes que financières.
Le dernier mot revient à la trésorerie. Sans paiement du solde avant avril 2027, le Kl’hub ne sait pas s’il pourra encore tenir une visioconférence. « Pour des petits tiers-lieux qui montent sur de l’innovation sociale, le solde, c’est de l’investissement. » Trois emprunts ont été contractés. « Si on ne rembourse pas, on ferme, c’est aussi simple que ça. » David en a conscience et le fera remonter. Gilles : « On ne veut pas finir sur cette note-là ! »
Note interne (brouillon) : à supprimer avant publication
Photos suggérées
À identifier dans l’inventaire photos : captures ou photos de la présentation du 18 septembre, diapositive de la chaîne de valeur, équipe du Kl’hub ce jour-là.



