Récit du deuxième comité de pilotage d’Icifornie, mardi 20 janvier 2026, au Kl’hub à Mugron.
Un matin de janvier au Kl’hub
Matin brumeux sur la route de Mugron, jolie lumière, un vol de grues, des aigrettes dans les champs. Dans la petite salle de réunion du Kl’hub, douze personnes se rassemblent autour des viennoiseries. Pour la Région, Eugénie Michardière et David Ovieve, accompagnés de Marina Kummerlen, Déléguée territoriale Formation Emploi et de George-Henri Abtour, Attaché territorial principal. Pour l’AFEPT, Sylvie. Pour le Kl’hub, Gilles, Béatrice, Isabelle et Alysson. Et moi pour la mise en récits. Le premier comité, en juillet 2025, avait posé une base commune. Celui-ci doit montrer du concret.
Trois phases, seize mois de réalisation
Gilles rappelle le calendrier : une première phase pour monter en compétences, apprendre à se connaître et mettre les outils en place, une deuxième de déploiement jusqu’en juillet 2026, une troisième en août et septembre pour capitaliser, produire les livrables et préparer l’essaimage. « On a seize mois de réalisation. Le temps passe vite quand on s’amuse. »
Eugénie rappelle la contrainte : les dépenses sont éligibles jusqu’au 31 août 2026 au plus tard. Gilles répond que des parcours seront encore en cours à cette date. « On va déborder, il n’y a pas le choix si on veut aller au bout de l’expérimentation. » Le retard tient au territoire apprenant, explique-t-il : les choses se font connaître doucement, sur un terrain de jeu de 117 communes, un tiers des Landes.
FESTON : six apprenantes, cinq tutrices, une formatrice
Premiers résultats : les titres professionnels de conseiller en insertion professionnelle suivis par Louise, puis par Lauric, qui travaillent au Kl’hub et s’y forment.
Vient ensuite l’AFEST menée avec le collectif d’artisans CASMAU à Hagetmau, qui se termine le 28 janvier. Ce projet a formé une formatrice AFEST, cinq tutrices (une par entreprise) et six apprenantes couturières, et créé un référentiel commun à cinq entreprises aux activités différentes, du tapissier décorateur à l’usine de fauteuils médicaux. À l’arrivée, des attestations de compétences sur quatre blocs, adaptés au territoire et à des profils très divers.
Le Kl’hub a accueilli les temps de réflexivité du vendredi et pris en charge la sécurisation des parcours. L’indemnité de formation ne couvrait pas les charges des apprenantes. Deux d’entre elles ne pouvaient plus mettre de carburant dans leur voiture ; le Kl’hub a loué un véhicule et l’a mis gratuitement à leur disposition pour le covoiturage entre Habas et Hagetmau. Une autre, venue de l’Essonne, a failli abandonner faute de logement correct ; l’équipe lui a trouvé un logement municipal. Elle est encore là. La formatrice, Yola, embauchée par CASMAU pour être formée, était à la retraite : « pas facile à trouver comme profil, mais c’est la perle. »
David demande de qualifier la plus-value de la conciergerie et de l’ingénierie sur mesure, en termes économiques aussi : « sans Icifornie, on n’aurait pas pu mettre cette AFEST en place. » Marina veut savoir combien de recrutements sont prévus. Les recrutements relèvent des conditions économiques des entreprises, répond Gilles ; la conciergerie a facilité, mis l’écosystème en place et ancré des compétences sur le territoire.
« Ces entreprises sont désormais capables de faire seules, sans organisme de formation. On a créé un capital immatériel : Elles savent monter une AFEST, elles savent coopérer. »
« Ces entreprises sont désormais capables de faire seules, sans organisme de formation. On a créé un capital immatériel : Elles savent monter une AFEST, elles savent coopérer. » »
Béatrice précise que l’accompagnement socioprofessionnel continue après le 28 janvier. Une suite de parcours avec une POEI a été discutée : les apprenantes et les entreprises seraient partantes, mais trois mois supplémentaires à 700 euros par mois ne sont pas tenables. « On mobilise les partenaires, mais on n’a pas de fonds pour faire du travail social pour l’instant. »
Digitalisation, VIVEA et appels d’offres manqués
Avec le fonds de médiation numérique de l’ALPI 40, le Kl’hub a visé les commerçants et les artisans : deux sessions de quatre demi-journées, une dizaine de personnes, un travail très individualisé sur la communication digitale, les réseaux, les sites internet, Brevo et la facturation électronique à venir. Nicolas, de l’ALPI, venu faire le bilan, a été étonné que les gens soient venus pour l’ALPI, service public connu, plus que pour la marque du Kl’hub.
Le CFPPA est venu chercher le Kl’hub pour répondre à VIVEA sur les besoins en formation liées à la communication et les relations humaines, et la réponse a été retenue. Le timing n’était pas le bon avec les agriculteurs en décembre 2025 ; la suite se fera fin 2026 par convention, VIVEA rémunérant le Kl’hub pour sa prestation de conciergerie. Le CFPPA a aussi sollicité le Kl’hub sur le pré-apprentissage : « quand on a compris, c’est super sexy d’avoir quelqu’un qui s’occupe de tout. »
Gilles reconnaît deux réponses manquées au PRF de la Région. « On a raté deux fois cette possibilité. Maintenant on sait répondre, on sait définir un prix. » David et Eugénie notent que les évolutions de la commande publique depuis 2022 restent insuffisantes pour ce type de montage. L’enjeu pour Icifornie est de présenter des résultats qui démontrent que des choses sont possibles, avant l’arbitrage politique et financier.
L’exemple de Marcel
Marcel habite dans la rue du Kl’hub. Après des années dans la maintenance, il voulait devenir technico-commercial, via une formation longue de l’INSUP. Il lui fallait d’abord un renforcement en Word et Excel ; le centre le plus proche était à 35 km aller-retour, il n’y serait pas allé. L’équipe a trouvé un formateur dans le Lot-et-Garonne, il se forme à distance et passe ses journées au Kl’hub. « On fait techno-nounou », dit Gilles. L’INSUP a indiqué qu’il n’aurait pas été admis sans cette préformation. Il finit en février, passe sa certification et enchaîne. « Il fait son café, il est chez lui ici, il bosse à la menuiserie le samedi, il est devenu membre du Kl’hub. »
Compréhension du territoire
Comment mesurer le taux de compréhension du projet, demande la Région. « Au doigt mouillé. On arrête de nous jeter des cailloux tout le temps, alors on se dit que ce taux a augmenté. » Les organismes de formation et les entreprises comprennent ; les collectivités font baisser la moyenne. La task force entreprises, d’abord tournée vers le médico-social, doit viser d’autres secteurs : « quand on arrive dans un EHPAD public en tant que privé associatif, on se fait dézinguer. »
Bilan financier : « on est un peu à sec »
Le budget est consommé à 50 %, pour des raisons de trésorerie. L’avance de la Région est dépensée ; l’équipe aimerait solliciter un acompte avant la fin, sans certitude d’y parvenir. Un découvert a été cherché au Crédit coopératif, mais le coût des solutions bancaires n’est pas tenable et France Active ne finance pas la trésorerie. « Ce ne sont que des décalages de trésorerie, mais on est un peu à sec. » Il manque 50 à 60 000 euros, « de l’argent qui coûte cher ». Un rendez-vous le 3 février doit ouvrir un écosystème financier.
Gilles regrette de ne pas pouvoir justifier la totalité du bénévolat. Il veut faire apparaître ce que la conciergerie a rapporté en prestations vendues : 240 000 euros de formation accueillie depuis 2024. Pour un modèle essaimable, il faut mesurer ce que rapporte une conciergerie, assez pour sécuriser un demi-poste dans un tiers-lieu, et le mettre dans le récit.
Essaimer : la question du partage de la chaîne de valeur
Pour Icifornie, un équivalent temps plein serait nécessaire. Gilles envisage de le financer en vendant l’essaimage aux tiers-lieux qui voudraient installer une conciergerie, ou grâce à un soutien régional. Les cibles : les organismes de formation et les lieux hybrides. Eugénie propose un mix, un premier niveau de retour d’expérience en accès libre avec la mise en récits, puis une prestation de conseil du Kl’hub, et évoque un essaimage commun comme le fait la Coopérative Tiers-Lieux. Sylvie indique que le modèle peut aussi vivre au sein de l’AFEPT, avec des formations modulaires, à Marmande ou à Pau.
Le vrai sujet, pour Gilles, reste le partage de la chaîne de valeur. Selon les parcours, l’organisme de formation prend 10 % et le Kl’hub 90 % ; avec l’université de Cergy sur le DU FabManager, la négociation est à 50/50 ; sur le titre CIP de Lauric, 30 % pour la conciergerie et 70 % pour l’AFEPT. « On vous propose des exclusivités mondiales ici ! Il n’existe pas d’autre conciergerie. » David tempère : des expériences comparables existent peut-être. Gilles annonce enfin un référentiel métier du concierge de formation, construit comme s’il devait être déposé au RNCP. « C’est une bonne idée », répond David.
La matinée s’achève puis tout le monde rejoint les invités du déjeuner du concierge, où le Kl’hub a prévu une série d’animations conviviales pour continuer à développer interconnaissance et confiance au sein du territoire.
Note interne (brouillon) : à supprimer avant publication
Photos suggérées
À identifier dans l’inventaire photos : la salle de réunion du Kl’hub le 20 janvier, le brouillard du matin.



