Journal de Bord #5 : quand ça commence pour de vrai

icifornie journal de bord 05

Septembre, et Icifornie entre dans le dur. Débuts concrets, fatigue palpable, tensions et petits miracles. Dans ce nouveau journal de bord, l’équipe raconte les premières formations, les engagements… et ce moment décisif où tout commence « pour de vrai ».

L’humeur du moment 

  • Véronique : « c’est mieux aujourd’hui qu’hier. Mais dans ma tête, tout s’entrechoque. On court, on compacte, et parfois… on fatigue. »

  • Gilles : « si tu veux qu’on te dise à quel point on est perturbés par le démarrage…« 

  • Collectif : « On a commencé Icifornie pour de vrai. Une rentrée dense. Un démarrage sans stagiaires pour le moment, mais pas sans tension. Une sensation mêlée : joie d’y être, pression de devoir faire.« 

Faits marquants et rencontres

  • Icifornie démarre concrètement : l’AFEPT était avec nous quatre jours de suite, mais aucun stagiaire encore. Une tension entre l’intensité de l’activité et l’absence visible de bénéficiaires.
  • CFPPA : Un partenariat qui se construit doucement autour de la formation pour agriculteurs. Véro évoque le temps long d’une nouvelle relation à tisser : « Il nous faudrait des extensions de temps. »
  • ALPI & artisans/commerçants : Lancement d’un projet ambitieux de formation à la digitalisation. Un afterwork réussi mais une mobilisation timide. Et une incompréhension : « Pourquoi c’est vous qui vous occupez de nous ? »
  • Relations avec les institutions : Manque de relais locaux, pas de base de données partagée des artisans, commerçants. Méfiance de certains partenaires locaux, nécessité de penser des coopérations plus stratégiques.
  • Communication : Trop de choses à dire, trop peu de relais pour les porter. Le besoin d’un support lisible (une newsletter) se fait sentir.

Réflexions et questionnements

  • Comment recruter et embarquer, donner confiance pour voir advenir ce territoire apprenant ?
  • Comment raviver l’engagement au sein du comité de gouvernance ? Véro : « On était 5 sur 16. Ça questionne. »
  • Quelle posture adopter face à la surcharge ? Gilles : « Ce n’est pas grave de ne pas tout faire. Mais il faut mesurer ce que cela met en péril pour la structure. »
  • Comment garder l’envie, préserver la liberté, sans se perdre dans l’épuisement ?

Intentions et idées pour la suite

  • Repenser l’organisation du comité de gouvernance, relancer la dynamique de cooptation.
  • Consolider les bases comptables : le remplacement nécessaire du trésorier adjoint, des outils de pilotage dont il faut s’emparer.
  • Être visibles. Dire. Expliquer. Rendre perceptible ce qu’on fait de génial ici.
  • Poursuivre les partenariats avec les structures pédagogiques locales, tout en sécurisant la logistique et l’administratif.
  • Préserver notre modèle original, entre liberté XXL et responsabilité partagée.

 

 

Quand ça commence pour de vrai

 

La lumière de septembre a cette manière bien à elle de découper les choses : plus nette, plus franche, plus crue parfois. Au Kl’hub, ce matin-là, elle tombait en biais sur la grande table, comme si elle voulait nous rappeler que la rentrée n’est pas qu’un redémarrage… mais un dévoilement.

 Si tu veux qu’on te dise à quel point on est perturbés par le démarrage

Lâche Gilles en posant son sac. Il sourit, mais c’est un sourire de travers, celui qui dit à la fois la fatigue et l’excitation.

Véronique, elle, ne s’embarrasse pas de préambules :

 C’est mieux aujourd’hui qu’hier. Mais alors… le COGO* avant-hier… grosse frustration. On était cinq. Cinq sur seize !

Elle lève la main, montre ses doigts comme pour les compter à nouveau, incrédule. Autour de la table, on acquiesce. Oui, ça questionne. Oui, ça bouillonne. Oui, parfois, ça déborde.

 L’impression d’être toujours dans l’urgence, tu vois ? Une idée, hop ! Une action. Et c’est encore les mêmes qui s’y collent. On est cinq ou six à tenir le truc, faudrait pas qu’on s’épuise.

Véronique dit ça sans colère ni reproche ; plutôt comme on constate une météo intérieure persistante. Elle ajoute :

Qu’on ne soit pas tous au même niveau d’implication, c’est normal.

La démission de Jérôme, référent de l’Atelier bois et trésorier adjoint, sonne comme un coup dur. Il faut trouver de nouvelles ressources comptables, capables de suivre les tableaux de bord financiers. Une compétence critique pour parvenir à piloter l’activité.

Des épisodes au sein du Tiers-lieu qui mettent en lumière la nécessité de s’ajuster en permanence, de revoir ses modes des fonctionnements, afin qu’ils soient compréhensibles, souples mais aussi solides dans le temps.

Véronique n’en perd pas son enthousiasme pour autant.

 On a besoin de réembarquer les gens. C’est vrai que le modèle du Kl’hub est spécifique : il y a beaucoup de choses, beaucoup de projets différents. Quand on n’y est pas souvent, on perd le fil. C’est quelque chose qu’on nous renvoie souvent.

Véronique se souvient de ses précédentes expériences professionnelles passées, des injonctions à faire coûte que coûte.

Il ne faut surtout pas que ça devienne comme en entreprise, où tu fais parce que tu n’as pas le choix. Non. Ici, on doit préserver la liberté. L’envie. 

Gilles hoche la tête. Lui aussi voit venir la vague.

 Ce n’est pas une surprise. On nous l’avait dit dans le DLA** : vous avez de gros projets, il faudra adapter les ressources. » Il prend un temps. « Mais on l’a voulu. On s’est engagés. Alors maintenant… il faut le faire. Sans se faire mal, hein. Mais en ayant conscience des risques pour la structure.

Le Kl’hub compte aujourd’hui 7 salariés, avec une réelle responsabilité en tant qu’employeur qui entre en jeu dans les arbitrages.

Gilles ajoute, les yeux qui pétillent :

 On est en train d’inventer le monde qui nous fait rêver. On est tous en CDI, mais tous prêts à se barrer demain. On a réinventé notre manière d’être salariés, nous sommes plutôt des intermittents du spectacle en CDI. Qui peut dire ça aujourd’hui ?

Il y a une charge évidente, car on est allés chercher des projets pour monter des innovations, recevoir des gens. On crée de nouveaux biens et services. Il ne faudrait pas qu’on perde de vue tout ce qu’on est en train de faire de génial sur ce territoire. C’est une super aventure.

Il a cette phrase, légère et lourde à la fois : «On a construit ça. On l’a inventé. Maintenant, il faut le faire. »

Et Véronique, dans un rire fatigué mais sincère : «Oui, mais toi, Gilles, ce modèle éclaté dans tous les sens… ça te va bien. Moi, j’ai besoin que ce soit rangé. Range ta chambre ! »

Éclats de rire. On respire.

 

Garder le cap

Pendant ce temps, l’AFEPT, partenaire central d’Icifornie, traverse une zone de turbulences. Elle se recentre, panse ses blessures, peine à répondre sur le plan technico-financier. Un point de vigilance du côté du Kl’hub, ne pas se mettre en danger financièrement si une demande d’acompte auprès des financeurs publics prend du retard.

Gilles commente :

Dans la relation, ça se passe très très bien, c’est fluide, on se parle. On a des outils hyper chouettes de formation, l’AFEPT a mis en place un workspace et un classroom avec la formatrice AFEST.

Un partenariat qui fonctionne, c’est aussi ça : savoir se parler en transparence, se soutenir lorsque l’un vit des difficultés, compenser parfois. Voir que sur le long terme, la relation s’équilibre.

 

En dépit du tumulte, la forêt pousse

Au milieu de cette ébullition, le Kl’hub tient bon. Des projets mûrissent.

Septembre, pour Icifornie, c’est aussi cette sensation un peu euphorique d’avoir commencé «pour de vrai». L’AFEPT est venu quatre jours d’affilée, un petit événement en soi : Sylvie et Nathalie qui s’activent pour accueillir et former les tutrices qui encadreront les couturières en AFEST pour le collectif Casmau. Une première mise en œuvre grandeur nature qui va aussi permettre d’éprouver concrètement la conciergerie.

Un projet avec le CFPPA se tisse en parallèle.

Un super programme en construction, pour former des agriculteurs aux enjeux de communication, disent Béatrice et Véronique.

La réalité, c’est aussi cette ingénierie pédagogique qui s’invente pas à pas, qui grignote les heures à petits coups de cuillère.

 Comme un début de relation : il faut s’accorder. Ça se passe super bien, mais ça prend du temps, on ajuste. Il nous faudrait des extensions de temps !

Et puis, il y a cette autre aventure : former les artisans et commerçants du territoire à la digitalisation. Un projet de l’ALPI, « hacké » avec finesse pour toucher ceux qui ne savent pas toujours poser des mots sur leurs besoins. Ceux qui reculent devant un devis trop élevé ou un jargon numérique. Ceux qui n’ont jamais eu le temps, ni l’espace, de se poser la question.

 C’est gratuit pour eux. On va leur montrer comment Internet peut leur faire gagner de l’argent.

Et pourtant : difficile de mobiliser. Un enjeu de taille pour demain, car à la clé, cet appel à projet pourrait se renouveler tous les ans.

On doit être au rendez-vous de cette première édition : enjeu de crédibilité, de pérennité de notre modèle économique, de communication pour être compris par le territoire. Il faut être partout

Un afterwork a eu lieu pour présenter le programme et ses plus-values. Cinq personnes sont venues. Surtout des indépendants. Curieux. Hésitants. Monique Romero*, la libraire indépendante d’en face, a dit :

Mais pourquoi vous ? Pourquoi c’est vous qui vous occupez de nous ?

Et la question reste, suspendue dans l’air, comme un appel à mieux expliquer, mieux raconter. Mieux relier. Monique, dont la librairie est située face aux locaux du Kl’hub, est une alliée précieuse. C’est aussi elle qui loue l’espace KARE, situé quelques numéros plus loin.

Elle est à fond la caisse avec nous, elle essaie de plébisciter notre démarche notamment autour de la digitalisation des entreprises.

On rit, on se décourage un peu, on recommence. On cherche la liste des artisans, on tombe sur des secrets, des silences, des fichiers inexistants ou payants. On avance dans le brouillard, mais on avance.

 

Donner à voir, raconter, ne rien lâcher

« Le Kl’hub, ça fourmille », dit Véro. Et c’est vrai. Ça respire, ça circule. Bientôt la création d’une newsletter. On se demande comment raconter, comment embarquer.

 Notre agence de communication est débordée : on a tellement de choses à dire , plaisante Gilles.

La plateforme récit d’Icifornie avance. «Elle est sexy », dit-il. «Maintenant, il faut y aller. »

Alors oui, c’est le début. Oui, c’est fragile. Oui, la rentrée secoue. Mais quelque chose est lancé. Quelque chose d’à la fois bancal et magnifique. Une aventure qui fatigue un peu mais qui porte.

Et peut-être que septembre, finalement, c’est un peu tout cela à la fois : un moment où tout se remet en mouvement, même quand tout hésite encore.

 

 

 

Liens utiles :

*COGO : comité de gouvernance du Kl’hub
**DLA : dispositif local d’accompagnement de l’Economie Sociale et Solidaire

Monique Romero, librairie Le plumier d’Eugénie à Mugron

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